Après quinze ans de silence, Claire décide de rendre visite à son frère aîné Thomas pour aborder enfin le sujet de l’héritage de leurs parents et des reproches non dits qui ont brisé leur relation familiale. Cette conversation difficile se déroule dans le salon de Thomas, un dimanche après-midi.
DIALOGUE
Claire : Salut Thomas… Merci de m’avoir ouvert. Je sais que ça fait longtemps.
Thomas : Claire… Euh, entre donc. Tu veux un café ?
Claire : Volontiers. Dis, on peut parler ? Je veux dire… vraiment parler ?
Thomas : Si c’est pour ressortir de vieilles histoires…
Claire : Justement, Thomas. Ces “vieilles histoires”, elles nous pourrissent la vie depuis quinze ans ! Nos enfants ne se connaissent même pas.
Thomas : Ben… c’est toi qui as claqué la porte, je te rappelle.
Claire : Ah bon ? Et toi, tu as essayé de me retenir ? Tu m’as téléphoné une seule fois !
Thomas : J’étais en colère, Claire. Tu m’accusais de… enfin, tu sais bien de quoi.
Claire : D’avoir manipulé papa pour qu’il te laisse la maison. Oui, je m’en souviens parfaitement.
Thomas : Mais bon sang ! Papa était malade ! C’est moi qui me suis occupé de lui pendant trois ans !
Claire : Et moi, j’étais où selon toi ? J’avais trois enfants en bas âge, Thomas ! Je ne pouvais pas…
Thomas : Tu ne pouvais pas ou tu ne voulais pas ? Il y a une nuance, hein.
Claire : Tiens, voilà bien le Thomas que je connais ! Toujours à juger les autres !
Thomas : Écoute, si tu es venue pour me faire des reproches…
Claire : Non ! Non, attends. Je… euh… Je suis venue pour qu’on arrête enfin cette guerre stupide.
Thomas : Une guerre ? Tu exagères pas un peu ?
Claire : Thomas, nos parents sont morts ! Maman nous regarde peut-être d’en haut et elle doit être dégoûtée de voir ses enfants se détester !
Thomas : On ne se déteste pas…
Claire : Alors quoi ? On s’ignore ? C’est mieux ? Mon fils aîné va se marier l’année prochaine et il ne connaît même pas son oncle !
Thomas : Il va se marier ? Antoine ?
Claire : Tu vois ! Tu ne sais rien de ma vie ! Et moi, je ne sais rien de la tienne !
Thomas : C’est vrai que… ça me fait quelque chose de l’apprendre comme ça.
Claire : Thomas, j’ai fait des erreurs. J’aurais dû venir plus souvent voir papa. J’aurais dû…
Thomas : Claire, arrête. Moi aussi j’ai mes torts. J’aurais pu mieux t’expliquer pour la maison.
Claire : Ben justement, explique-moi maintenant. Qu’est-ce qui s’est passé exactement ?
Thomas : Papa… il voulait que la maison reste dans la famille. Il avait peur qu’on la vende.
Claire : Mais j’ai jamais dit que je voulais la vendre !
Thomas : Non, mais… enfin, avec ton mari qui avait des problèmes d’argent à l’époque…
Claire : Comment tu savais ça, toi ?
Thomas : Papa s’inquiétait. Il m’avait dit que Marc avait des dettes.
Claire : Papa savait ? Mais… je lui avais rien dit !
Thomas : Il n’était pas aveugle, tu sais. Et il avait peur que Marc te pousse à vendre ta part.
Claire : Ah… Je comprends mieux maintenant. Mais pourquoi tu ne m’en as pas parlé ?
Thomas : J’essayais de te protéger ! Je me suis dit que si papa me léguait tout, au moins tu n’aurais pas de pression.
Claire : Me protéger ? Mais Thomas, j’avais l’impression que vous vous étiez ligués contre moi !
Thomas : Jamais de la vie ! Papa t’adorait ! Il n’arrêtait pas de parler de toi et des petits.
Claire : Alors pourquoi il ne me l’a pas dit lui-même ?
Thomas : Tu sais comment il était… Il détestait parler d’argent. Et puis, il espérait que Marc s’en sortirait.
Claire : Zut alors… Tout ce gâchis pour un malentendu…
Thomas : Au fait, Marc, il va comment maintenant ?
Claire : Oh, on a divorcé il y a cinq ans. Il avait recommencé à jouer.
Thomas : Mince… Je suis désolé. Si j’avais su…
Claire : Comment tu aurais pu savoir ? On ne se parlait plus !
Thomas : Claire, euh… pour la maison, tu sais… on peut encore arranger les choses.
Claire : Non, Thomas. Papa avait raison. Marc m’aurait effectivement poussée à vendre. Tu mérites cette maison.
Thomas : Mais…
Claire : Par contre, j’aimerais bien que mes enfants puissent y venir de temps en temps. Pour les souvenirs…
Thomas : Bien sûr ! C’est leur maison aussi ! Et… euh… pour le mariage d’Antoine ?
Claire : Tu… tu voudrais venir ?
Thomas : Si tu veux bien de moi…
Claire : Oh Thomas… Bien sûr que je veux bien ! Ça me ferait tellement plaisir !
Thomas : Alors on repart à zéro ?
Claire : À zéro, c’est peut-être dommage… On a quand même eu une belle enfance ensemble ! Disons qu’on repart de là ?
Thomas : D’accord. Allez, viens là ma petite sœur…
Claire : Comme ça m’avait manqué…
English translation
After fifteen years of silence, Claire decides to visit her older brother Thomas to finally address the matter of their parents’ inheritance and the unspoken grievances that have broken their family relationship. This difficult conversation takes place in Thomas’s living room on a Sunday afternoon.
DIALOGUE
Claire : Hi Thomas… Thanks for letting me in. I know it’s been a long time.
Thomas : Claire… Uh, come on in. Want a coffee?
Claire : Yes, please. Listen, can we talk? I mean… really talk?
Thomas : If it’s just to bring up old stories…
Claire : Exactly, Thomas. These “old stories” have been ruining our lives for fifteen years! Our children don’t even know each other.
Thomas : Well… it was you who slammed the door, remember.
Claire : Oh really? And you, did you try to stop me? You only called me once!
Thomas : I was angry, Claire. You accused me of… well, you know what.
Claire : Of having manipulated Dad into letting you have the house. Yes, I remember that perfectly.
Thomas : For God’s sake! Dad was sick! I was the one who looked after him for three years!
Claire : And where do you think I was? I had three small children, Thomas! I couldn’t…
Thomas : You couldn’t or you wouldn’t? There’s a difference, you know.
Claire : Well, that’s the Thomas I know! Always judging others!
Thomas : Listen, if you’ve come to blame me…
Claire : No! No, wait. I… uh… I came so we’d finally stop this stupid war.
Thomas : A war? Aren’t you exaggerating a bit?
Claire : Thomas, our parents are dead! Mom might be watching us from above and she must be disgusted to see her children hating each other!
Thomas : We don’t hate each other…
Claire : So what? We ignore each other? Is that better? My eldest son is getting married next year and he doesn’t even know his uncle!
Thomas : He’s getting married? Antoine?
Claire : You see! You know nothing about my life! And I know nothing about yours!
Thomas : It’s true… it does bother me to find out like that.
Claire : Thomas, I’ve made mistakes. I should have come to see Dad more often. I should have…
Thomas : Claire, stop. I have my faults too. I could have explained things better about the house.
Claire : Well then, explain it to me now. What exactly happened?
Thomas : Dad… he wanted the house to stay in the family. He was afraid we’d sell it.
Claire : But I never said I wanted to sell it!
Thomas : No, but… well, with your husband having money problems back then…
Claire : How did you know that?
Thomas : Dad was worried. He’d told me that Marc was in debt.
Claire : Dad knew? But… I hadn’t told him anything!
Thomas : He wasn’t blind, you know. And he was afraid Marc would pressure you into selling your share.
Claire : Ah… I understand better now. But why didn’t you tell me about it?
Thomas : I was trying to protect you! I told myself that if Dad left everything to me, at least you wouldn’t be under any pressure.
Claire : Protect me? But Thomas, I felt like you two had ganged up on me!
Thomas : Never in a million years! Dad adored you! He couldn’t stop talking about you and the little ones.
Claire : So why didn’t he tell me himself?
Thomas : You know how he was… He hated talking about money. And besides, he hoped Marc would manage.
Claire : Good grief… All this mess over a misunderstanding…
Thomas : By the way, how’s Marc doing now?
Claire : Oh, we divorced five years ago. He had started gambling again.
Thomas : Oh… I’m sorry. If I’d known…
Claire : How could you have known? We weren’t talking anymore!
Thomas : Claire, uh… about the house, you know… we can still work things out.
Claire : No, Thomas. Dad was right. Marc would indeed have pushed me to sell. You deserve this house.
Thomas : But…
Claire : However, I’d like my children to be able to come to the house from time to time. For the memories…
Thomas : Of course! It’s their house too! And… uh… for Antoine’s wedding?
Claire : You… you’d like to come?
Thomas : If you’ll have me…
Claire : Oh Thomas… Of course I would! It would make me so happy!
Thomas : So we’re starting from scratch?
Claire : Starting from scratch would be a shame… We did have a lovely childhood together! Shall we say we start from there?
Thomas : All right. Come here, my little sister…
Claire : How I’d missed this…